L’enlèvement d’Arnaud Montebourg, quand le feuilleton de l’Opinion dépasse la fiction !


Cet été, en juillet et août 2014, l’Opinion a publié dans son Journal un thriller politique en 11 épisodes digne des meilleurs Sherlock Homes : L’enlèvement d’Arnaud Montebourg !

Dans le premier épisode de ce thriller estival, la petite ironie se dégageant de la plume de Gaspard Koening, rédacteur de ce feuilleton faussement innocent, est savoureuse :

Montebourg Rose« – Monsieur le Premier ministre, il semble établi que Monsieur Montebourg, ministre de l’Economie, a été enlevé à 11 h 32 ce matin (…) Il avait pris une barque au Jardin d’Acclimatation, et son garde du corps ne l’a jamais vu revenir.

Le général tendit à Valls la photo prise automatiquement à un tournant de la rivière enchantée. On y voyait le ministre, l’air ravi, mordant dans une barbe à papa.

Son bateau est arrivé en retard, et vide. (…)

– Mais qui pourrait bien vouloir enlever Arnaud ?

– C’est toute la question, répondit le général Falloux en dévisageant Valls. A-t-il des rivaux politiques ?

Le silence se fit.

– Le gouvernement et le parti sont très soudés, dit froidement le Premier ministre. Mathieu, qui avez-vous dans le viseur en ce moment ? »

 

A la fête de la Rose, Arnaud Montebourg, dans un cadre bucolique, ne mordait pas dans une barbe à papa mais levait son verre de bière en riant grassement sur les bancs en bois des militants du parti socialiste. Quelques blagues de potaches par-ci par-là, des bises sur les « quatre joues », puis un discours un peu borderline sur la politique du chef du gouvernement ; un salut timide dans la soirée et le trublion est enlevé de l’organigramme ministériel ! Comme par magie. Montebourg a disparu.

Les journalistes de l’Opinion ont du se mordre les lèvres pour ne pas rire en relisant les quelques lignes de leur feuilleton d’été. Avaient-ils deviné le bon scénario de la rentrée en écrivant ce récit imaginaire ? Catharsis quand tu nous tiens, la satire avait vu juste !

Dans le onzième épisode de son thriller, publié aujourd’hui dans l’Opinion, Gaspard Koening mêle savamment réalité et fiction en titrant : « Tra-la-la-la-lère. Cet été, Arnaud Montebourg a été enlevé par des ravisseurs libertariens. Ce rapt a précipité le remaniement du gouvernement ». L’Opinion ne mâche pas ses mots en s’attaquant à Arnaud Montebourg. De la part d’un Journal pro-libéral et européen, ce choix n’est pas étonnant. Les journalistes affichent, l’air de rien, leur opinion sur l’état de la France et leurs pronostics. Le message est clair :

  • le gouvernement manque de sérieux et de professionnalisme : un ministre se fait enlever au Bois de Boulogne en mordant dans une barbe à Papa ;
  • Manuel Valls cherchait depuis longtemps toutes les occasions pour virer Montebourg : il ne se démène pas pour retrouver son ministre disparu ;

Le Figaro, de son côté, s’est également prêté au jeu du feuilleton d’été voltairien. Dans la matinale de Radio Classique d’hier, 26 août 2014, Yves Thréard, directeur adjoint du journal, s’épanchait sur la démission du gouvernement. Il faisait allusion à son feuilleton : « Les secrets de l’Elysée » où il raconte le départ prématuré de Hollande en décembre 2015. Un rêve qui flirte avec la réalité pour le quotidien !

Aujourd’hui, François Hollande reste bien vissé à son poste mais les questions sur une dissolution de l’Assemblée Nationale n’ont cessé d’être posées par l’opposition en l’espace de quelques jours. Le Figaro n’a pas prédit l’avenir mais dépeint, par cette fable, le climat tendu de la rentrée 2014.

A l’heure de l’explosion des sites d’informations satiriques (Le Gorafi), n’assisterions-nous pas à un nouveau courant dans le traitement de l’actualité ? Les dépêches factuelles de l’AFP, souvent reprises par nos médias auront-elles toujours la cote ?

La fable, un nouveau genre médiatique

L'allée du roiC’est une question, peut-être un peu excessive, mais qui mérite d’être traitée ! En 2008, le Monde avait osé publier un feuilleton intitulé « le terminus de l’euro », émouvant le milieu de la Banque. Ces récits dépeignaient alors la défiance immense des Français face au système de la Finance.

Les fables de La Fontaine racontent, mieux que personne, la vie de la Cour sous Louis XIV. Derrière les naïves histoires de loup et de brebis, c’était l’univers impitoyable des courtisans qui était dépeint. Or, dans ces jeux de pouvoir, les mots d’esprit et les sous-entendus mordants étaient légion. Il était difficile de critiquer le pouvoir et la Cour frontalement. Et pour le faire, le meilleur moyen était la fable ou la poésie.

Aujourd’hui, ne vivons-nous pas également une ère parfois cruelle où les moindres propos des commentateurs et journalistes sont sources de scandales et de débats sur les réseaux sociaux ? Des personnalités comme Natacha Polony ou Patrick Tesson ont souvent déchaîné les foules en donnant leurs avis de façon parfois très crue.

Interprétons donc les récits imaginaires de l’Opinion et du Figaro, quotidiens de l’opposition, comme un moyen détourné de donner leurs avis sur la situation de la France. Ces récits symboliques sont souvent plus chargés de sens que des froids articles factuels. Les feuilletons médiatiques ont un bel avenir devant eux !

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