« Kot & Köter », le Gorafi des chiens : pourquoi on a besoin d’une vraie presse parodique


Durant ce mois d’octobre, un journal plus qu’étrange a vu ses ventes exploser en Allemagne avec la diffusion en 50 000 exemplaires de sa seconde édition : Kot Köter (« Caca & cabot » en français). Un mensuel qui a de l’avenir devant lui !

C’est un succès énigmatique. Car ce magazine n’est qu’un pastiche. Son but n’est pas d’informer mais de se moquer de ceux qui traitent l’information canine et lui donnent une importance que d’aucuns jugent démesurée. Il faut dire, en passant, que toute inCouverture de Kot&Köterformation concernant les chiens rencontre une audience particulièrement élevée en Allemagne. Citons la nouvelle chaine télévisée allemande DogTV, destinée aux chiens de compagnie (musique relaxante pour les canins et images destinées à captiver ce public animal).

Au sommaire de Kot & Köter ? Des poèmes romantiques sur les crottes de chien dans les parcs, une critique gastronomique d’un restaurant canin, une rubrique conseil pour apprendre à  bien abandonner son compagnon à quatre pattes : « nous avons testé les meilleures aires d’autoroute ». De quoi donner déchaîner les foudres de la Fondation Brigitte Bardot.

Un tel engouement pour un magazine qui caricature d’autres médias n’est pas étonnant. Aujourd’hui, alors que chaque pays possède son Gorafi (Nag Mag au Japon, The Onion aux Etats-Unis ou Lerpresse au Maroc et en Tunisie), le succès de Kot & Köter démontre la force du modèle des médias parodiques.

Alors que nos parents lisaient les articles grinçants du Canard Enchaîné ou de Charlie Hebdo sur les incohérences et les scandales de la classe politique, notre génération semble avoir changé de cible. Nous nous sommes désintéressés de ces deux sphères, bouleversées par trop de scandales et ne sommes que 37% à juger les partis politiques utiles en France, selon une étude IFOP pour le JDD publiée en septembre dernier.

Aujourd’hui, c’est le pouvoir des médias qui devient source d’inspiration des parodistes. Car le Gorafi et sites similaires n’ont d’autre objet que de se moquer des excès du système médiatique actuel sur le web, avec ses titres accrocheurs et ses sujets parfois loufoques.

Les sites parodiques nous aident à décrypter intelligemment l’information

Quelle explication donner à cette nouvelle tendance ? Ne trouverait-elle pas sa racine dans le petit côté mutin de Twitter et des réseaux sociaux où le jeu revient plus à mêler canulars et actualités réalistes qu’à relayer des informations sérieuses ? Assommés parfois de notifications et news sur les applis de nos téléphones et tablettes, nous zappons, sans même avoir le temps, parfois, de prendre conscience de ce que nous lisons. Difficile de faire le tri ! Or, les médias parodiques tels que le Gorafi nous forcent à le faire. Soupapes de distanciation avec les gros titres de la presse quotidienne web, ils nous obligent à nous poser les bonnes questions : cette information, me semble-t-elle possible ? D’où vient la source ? Est-ce seulement une rumeur ou un fait avéré ? De nouveaux réflexes salvateurs pour nos petits neurones fatigués !

Prendre ses distances avec  les informations toxiques et anxiogènes par l’humour

Ajoutons à tout cela le fait que l’actualité traitée est souvent insoutenable et anxiogène. Qui a envie aujourd’hui d’allumer sa radio pour entendre les nouvelles de la progression d’Ebola et la contamination de nouvelles victimes au Texas ? Qui supporte les détails sur le supplice de la ville de Kobané en Syrie ? A l’héroïsme de l’écoute des nouvelles chaudes, beaucoup pourraient préférer se réfugier dans la satire de leur traitement. Prenons l’exemple de cet article du Gorafi: « Peut-on attraper Ebola en regardant ou lisant des reportages sur Ebola ? », caricaturant celui de Rue 89 paru peu de temps avant : « Peut-on attraper Ebola en touchant une barre de métro ? La presse parodique nous permet de mieux lire l’information mais elle n’a ce rôle qu’à partir du moment où sa présence sur le web reste mesurée…

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